Ecriture automatique
Paraxité se forge au coin de la nuit
rampance de couleuvre en sussurration verbeuse
oralité déteinte de la pleine souffreteuse du théâtre orestique.
Appel clivé du dessous de l’encart.
intervéni à toute pression défaite
où coule l’attirail portraitique du dessus de la vision narcixique de l’Oreste funèbre.
La boulangerie
Très tôt le matin, tu iras chercher ton pain.
Cabane en tôle aux Ponts de Cé et mystère du souffleur
Quand j’étais gamin, j’avais un bon copain, il s’appelait Ponpon. C’était un double poney à robe pie de race espagnole. Il était extrêmement robuste et il restait debout dans son champ pratiquement par tous les temps. Je dis ça par ce qu’il avait un petit abri en tôle comme celui là et je m’étonnais toujours qu’il ne s’y abrite pas plus souvent. Il s’y rendait essentiellement pour manger son foin. Ponpon étant étalon, il jouait le rôle du souffleur dans le haras de mon grand père. J’ai appris à monter à cheval avec lui dès l’âge de 5 ans. Ça serait toute une histoire à raconter. Avez vous une idée de ce que peut-être un souffleur chez un éleveur de chevaux? Si quelqu’un me pose la question, je réponds en commentaire.
Que souhaiter pour 20012, la fin du monde ?
Pas facile de se plier à l’exercice des voeux en ce début d’année 2012 tellement l’époque peut sembler porteuse d’inquiétude et de catastrophes à venir. Alors pour 2012, je nous souhaite de faire les choix qui nous éloignerons de la tendance au repli sur soi et à l’exclusion de l’autre. Je nous souhaite de trouver l’intelligence collective pour construire un monde plus solidaire où nous saurons réduire les inégalités de toutes sortes. Un monde où la violence régresse car nous saurons aller vers plus de partage et moins d’individualisme, une planète rendue plus habitable (ou moins invivable) car nous saurons revoir nos modes de vie destructeurs de vie.
Comme le dit Stéphane Hessel, l’humanité a su se remettre de cataclysmes aussi graves que la première et la seconde guerre mondiale, en construisant des institutions comme la déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. En 2012 je nous souhaite de continuer à lutter pour garder ces valeurs vivantes en devenant acteurs des choix politiques qui permettront de mettre la dignité humaine au centre de nos préoccupations. Lutter pour que la planète cesse d’être le terrain de jeux des cyniques dont le seul but est le profit à tout prix. Il y a sans doute des raisons d’espérer mais à condition de ne pas rester dans l’attente passive et de nous engager au jour le jour.
Après tout, je nous souhaite que 2012 ne soit pas la fin du monde, mais plutôt la fin d’un monde obsolète que nous aurons choisi d’abolir collectivement parce que nous aurons compris les dangers qu’il nous fait courir.
L'Appel de l'espérance, par Stéphane Hessel et… par Mediapart
Stéphane Hessel, Edgar Morin de l’indignation à l’Espérance
Je viens de lire l’excellent livre co-écrit par Stéphane Hessel et Edgar Morin: Les chemins de l’espérance. Un message à offrir pour l’humanité en 2012. Mais si vous n’avez toujours pas lu « Indignez-vous! » qui a été vendu a 4 millions d’exemplaires et devient un phénomène sans précédent dans l’histoire de l’édition, vous pouvez le trouver à Angers chez la librairie Richer. (Indignez-vous chez Indigène Edition)
La souche
Souche entre Louet et Loire. Repose dans une marre accessible depuis un champ, petit chemin qui longe un muret d’ardoise. Cheval en liberté, mousses, lichen sur l’ardoise, les arbres, tapis de lentilles vertes sur la surface. Odeur fétide de vase lorsque les enfants s’amusent à jeter des pierres dans l’eau. Rapidement les lentilles vertes recouvrent le trou formé par la pierre.
YOURTECO – fabricant de yourtes à Beaucouzé
« Et si le bonheur était dans la yourte ? Nous sommes en tout cas de plus en plus nombreux à tenter l’expérience de cet habitat traditionnel originaire de Mongolie .
Inspiré des yourtes Mongoles, Yourteco est spécialisé dans la conception, la fabrication de yourtes contemporaines adaptées à notre climat humide et à votre nouveau mode de vie.
Vous souhaitez vivre d’une manière plus économe, vous souhaitez vivre plus proche de la nature, y puiser des ressources dans un esprit coopératif, essayez la yourte, symbole de l’autonomie. La yourte est un établissement humain qui symbolise la vie, la spontanéité et la créativité humaine.
La yourte, c’est un espace hors du temps, un cocon ou il fait bon vivre, des formes simples qui s’intègrent parfaitement dans les grands espaces. La yourte, symbole d’une liberté retrouvée ?
Si vous souhaitez plus de renseignement sur la législation des yourtes , les toiles de yourtes, n’hésitez pas à retrouver Yourteco sur www.yourteco.com
Yourteco est investit dans le secteur de l’habitat alternatif et incarne un engagement fort, en faveur du bien-être dans l’habitat à faible empreinte écologique. Chaque yourte contemporaine est unique et réalisée à partir de matériaux de grande qualité.
Toute l’ossature de la yourte est réalisée en douglas ou en châtaigner de premier choix. L’isolation écologique de la yourte est en chanvre alors que les toiles de la yourte garantie 5 ans sont issues du « Nautisme ».
Si vous souhaitez participer à la création de votre yourte en bois, ou pour une location de yourte , contactez Chailloux Nicolas au 06.13.29.64.13
Contre jour aux Ponts de Cé
Se garer vite fait, sauter par dessus un gazon en plastic, se presser entre les rayons de chaussettes, chaussures de randonnées, bottes en plastics, cibles de tir à l’arc et retour au parking.
La Fraternité organise son réveillon solidaire de Noël
Depuis Noël 1992, l’association La Fraternité organise une soirée pour les personnes en proie à la solitude. Elle propose un dîner festif et solidaire le soir du 24 décembre pour les personnes seules ou les familles qui le souhaitent, uniquement sur réservation pour évaluer les proportions alimentaires. C’est ainsi que se retrouvent entre 80 et 100 personnes selon les années la veille de Noël.
La rencontre a lieu à l’Eglise Protestante Baptiste d’Angers de 19h à 23h30.
Réservation à « La Fraternité », 17 rue du Colombier de 14h à 16h le mardi et jeudi. Inscription jusqu’au 20 décembre.
A noter que cette soirée n’est pas orientée pour les SDF mais pour tous ceux qui, dans leur HLM ou pavillon, se sentent seuls cette nuit-là.
Venez nombreux.
Un Noël pour tous (Angers) par ANGERS7
L’école Célestin Freinet de Saint Lambert du Lattay
J’avais rendez-vous hier matin avec Frédéric Tijou qui est directeur de l’école publique Célestin Freinet à Saint Lambert du Lattay. Cela faisait longtemps que j’en avais le projet avec l’idée de présenter différentes approches pédagogiques présentes autour d’Angers. En des temps où l’école est malmenée par une politique de gestion comptable plus que questionnable il me paraît important de parler d’approches encore marginales bien que diffuses dans les pratiques de nombreux enseignants et qui pourraient inspirer un mouvement plus large de refondation de notre système scolaire.
Célestin Freinet est né dans les Alpes maritime en 1896 et mort à Vence en 1966. Gazé pendant la guerre de 14-18 il n’a plus la force de faire des cours magistraux en parlant toute la journée, il invente alors une pédagogie basée sur l’expérience concrète, l’expression des enfants, l’entraide entre élèves, la responsabilisation des enfants et la pratique démocratique au sein de la classe. Ces idées innovantes ont un grand succès après le traumatisme de la guerre mais son engagement politique et la montée de l’extrême droite pendant les années trente lui vaudront de grandes difficultés. Il créera sa propre école à Vence en 1936, laquelle redeviendra école publique en 1991.
Cela fait un quarantaine d’années que la pratique de la pédagogie Freinet a été initiée à Saint Lambert du Lattay par un couple d’enseignants maintenant à la retraite mais toujours actifs au sein de la coopérative de l’école: monsieur et madame Brossier. En 1995, Michel Colas qui est alors directeur décide en accord avec la mairie de baptiser l’école du nom du pédagogue. Frédéric Tijou, après avoir exercé à Rablay sur Layon est directeur de l’école depuis deux ans, mais son engagement au sein du mouvement Freinet remonte à une quinzaine d’années. L’école compte 110 élèves réparties en quatres classes et Frédéric Tijou espère bien pouvoir ouvrir une cinquième classe en septembre prochain. Il enseigne lui même a 30 enfants et sa classe est constituée des CM1, CE2 et CM2. L’école est réservée aux habitants de la commune et une petite dizaine de familles sont venues s’y installer pour pouvoir y inscrire leurs enfants.
Sachant que l’école est soumise aux mêmes programmes que toutes celles de l’éducation Nationale, comment cela se passe-t-il à Célestin Freinet? Un des « piliers de la pédagogie », m’explique Frédéric Tijou, c’est que les écrits doivent servir à quelque chose. Les enfants éditent un petit journal mensuel qui en est a sa 237ième édition: APATAGA. Pour cela, ils utilisent aussi bien l’écriture manuelle, le dessin, l’imprimerie au plomb, la photocopieuse ou l’ordinateur. Ensuite les enfants écrivent à leurs correspondants, chaque classe ayant une classe correspondante dans une autre école à Grézillé et à Saint Rémy la Varenne par exemple. « Quand les lettres des correspondants arrivent, on va les lire en premier, même si il y avait autre chose de prévu. C’est très important pour les enfants et ils ne comprendraient pas qu’on fasse autrement ». Il y a aussi les échange avec d’autres classes plus éloignées. « L’année dernière nous sommes allés passer une semaine en Savoie, nous étions hébergés chez les familles. Nous avons visité la région, étudié l’environnement local. Ensuite la classe de Savoie est venue une semaine à Saint Lambert et les enfants on été hébergés par les familles d’ici. »
Un autre pilier de la pédagogie est basée sur l’expression des enfants. Les enfants par exemple apprennent à gérer les conflits par eux même. Ils élisent un délégué de classe en début d’année. Si, par exemple, il y a une critique en classe les deux enfants doivent se voir tous les deux et essayer de résoudre le problème. Si il n’y parviennent pas ils peuvent faire appel au délégué de classe. Si ce n’est pas résolu à son niveau, une critique écrite est soumise au conseil de classe où les enfants se réunissent tous les quinze jours. A ce moment là l’enseignant peut décider d’une sanction, Frédéric Tijou parle plutôt de réparation, qui ne doit être ni humiliante ni dégradante. Mais dans tous les cas par exemple en cas d’insulte, une lettre d’excuse doit être écrite. « Certaines choses ne sont pas négociables comme la violence, la moquerie, l’insulte. Il y a un règlement et on obéit au règlement et pas à la personne du professeur. » »Dans le cadre de la pratique de l’expression libre, il y a aussi le « Quoi de neuf » qu’on pratique tous les matins et il arrive qu’on soit bousculé en tant qu’adulte par ce que peuvent dire les enfants. » Frédéric Tijou m’explique qu’il peut arriver que les enfants amène un propos ou un questionnement qui va intéresser toute la classe et à ce moment là. « On ne laisse pas ça en suspend, on peut réorienter toute la séance en fonction de ce qui émerge. Après on reprend le cours des choses qui étaient prévues. »
Un autre « pilier », c’est l’individualisation. « Chaque enfant va avoir un plan de travail et il va chercher une fiche correspondante. Il fait les choses à son rythme. Il peut être aidé par un enfant plus âgé qui est son tuteur, mais il se peut très bien qu’on décide aussi qu’un enfant n’a plus besoin de tuteur. » Les enfants peuvent chuchoter pour s’aider, ils peuvent aussi se déplacer dans la classe pour aller consulter la documentation disponible. « L’organisation de l’espace dans la classe doit être très rigoureuse et il m’arrive de passer deux jours en début d’année pour la mettre en place ». « J’avais l’idée avant de la rencontrer que la classe dans la pédagogie Freinet ça pouvait être le désordre et le brouhaha, en fait c’est vraiment une pédagogie du travail. » Frédéric Tijou insiste sur ce point et en effet, je suis surpris par l’ambiance studieuse qui règne dans sa classe lorsque nous y entrons, malgré la trentaine d’élèves présents. « Il y a des moments de cours avec des petits groupes, dans la classe ou dans la salle de lecture derrière, ensuite les enfants alternent entre des temps de travail individualisé et des ateliers qui peuvent être interclasse ».
Frédéric Tijou me parle du travail en équipe qui lui paraît important. Chaque enseignant respecte ce que fait l’autre mais il y a des échanges entre les professeurs et des temps ou on montre aux autres ce qu’on fait dans sa classe. Les enseignants du mouvement Freinet sont organisés en réseau et se réunissent un mardi par mois pour échanger sur leur pratiques au sein de l’ICEM49. « Cela m’a frappé au début de rencontrer des enseignants de la cinquantaine me demander comment je faisais en mathématiques par ce qu’ils avaient des difficultés. Ça fait un bien fou de savoir qu’on n’est pas tout seul et que chacun construit son approche grâce au tâtonnement expérimental (un autre pilier de la pédagogie Freinet). » La pédagogie Freinet est aussi basée sur l’erreur, on apprend à partir de ses erreurs. A la question de la note, il m’explique qu’il y a un système de brevets et de couleurs un peu comme au judo. »Mais cette question pourrait faire l’objet d’un article a elle toute seule. »
Tous les derniers week-ends de septembre, l’école organise un marché d’automne et les stands sont tenus par les enfants avec la présence des parents. Pour plus de renseignements sur l’école: Ecole communale C. Freinet, 4 place de Linkebeek, St Lambert du Lattay Téléphone: 02 41 78 34 17 Site internet de l’Ecole
Ah, très important! J’allais oublier de féliciter les enfants pour APATAGA qui est vraiment un excellent journal.
Pour avoir une idée de la pensée pédagogique de C. Freinet voir les invariants pédagogiques.
Le rapport de Marc Goua révèle l’état réel des comptes d’Areva. Sévère! [Owni]
L’article qui suit de Claire Barthélémy est extrait du site Owni.fr
À l’Assemblée nationale, le 21 juin dernier, le président de la Commission des finances Jérôme Cahuzac avait demandé à un rapporteur spécial d’examiner l’état financier du nucléaire français. Mardi soir, 11 octobre, une première version de ce travail présentée à quelques députés a fait l’effet d’une bombe. En 20 pages le rapporteur spécial Marc Goua dresse un bilan accablant des méthodes et des résultats financiers d’Areva et de plusieurs acteurs du secteur. Un document publié en intégralité au bas de cet article.
À le lire, on découvre des responsables qui tentent par tous les moyens de dissimuler les mauvais résultats financiers et le coût exorbitant du nucléaire. Pour continuer à prétendre qu’il s’agit de l’énergie la moins onéreuse. Exemple éloquent : celui du démantèlement des centrales et des installations qui arrivent ou arriveront prochainement en fin de vie. Le parlement avait demandé que la facture soit prise en compte dans le calcul de l’électricité. Peine perdue. Le rapporteur regrette ainsi, non sans ironie, de ne pas avoir obtenu:
une décomposition des coûts de l’électricité qui intègre le coût du démantèlement des centrales et du traitement des déchets, le ministre de l’Écologie a fourni sur ce sujet des indications certes solides et détaillées, mais incomplètes. Il signale au demeurant d’emblée que « le nucléaire est le moyen de production électrique le plus compétitif en base ». Le Rapporteur spécial voudrait être assez optimiste pour sauter aussi vite à cette conclusion. La commission Énergie 2050, à peine installée par le ministre de l’Écologie en septembre 2011, a en effet avancé le chiffre de 750 milliards d’euros pour le démantèlement de toutes les installations nucléaires françaises, soit 58 centrales. Cette instance paraît pourtant peu susceptible d’être hostile aux intérêts de la filière nucléaire, puisque les associations militant contre cette forme d’énergie ont refusé d’y être représentées.
Comprenez, si la gestion des déchets et des centrales hors d’usage est effectivement prise en compte, le nucléaire ne constitue plus seulement une source de pollution, il représente aussi un gouffre financier.
Finie l’étiquette bonne affaire
Quant à l’examen des comptes du champion de la filière, Areva, il se révèle à ce point semé d’embûches que le rapporteur spécial soupçonne certains de dissimuler des vérités qui dérangent. Dans un chapitre consacré à l’industriel, Marc Goua croit utile de rappeler une évidence :
Le contrôle budgétaire est une attribution ancienne de la commission des Finances. À quoi bon adopter des crédits, s’il n’était pas possible de vérifier ensuite l’emploi des fonds ?
Et de décrire une somme de difficultés et d’obstacles bureaucratiques avant de parvenir à consulter une comptabilité complète et fiable d’Areva et d’EDF. Avant de toucher au but.
La suite ainsi que le PDF du rapport de Marc Goua sur OWNI.fr
Dédicace librairie ITINERANCES samedi 17 décembre 15h à 18h
![affiche famille neau 2 [800x600] affiche famille neau toulon](http://angersblog.net/wp-content/zimages/affiche-famille-neau-2-800x600-582x404.jpg)
Après leur séjour dans les Andes et leur 1er livre « A lécole des Andes », la famille NEAU, voyageurs angevins, nous emmène pour un nouveau périple de 6 mois, au Népal et en Mongolie. Leur livre « En famille sur le toit du Monde » , illustré de magnifiques photos, nous fait partager leurs aventures au contact des populations locales.
Exposition Ephémère de Demain Design au 18, rue du Port de l’Ancre
A l’occasion de son déménagement, Demain design organise une exposition de sa collection
le vendredi 16 décembre 2011 de 14h à 20h
au 18, rue du Port de l’Ancre à Angers.
Venez découvrir des produits uniques de hautes qualités.
Demain Design, c’est deux enfants du développement durable, Anne-Lise Amlil-Bouchet et Alice Macé. Une rencontre, 10 ans plus tôt, un projet, qui devient commun, celui de faire quelque chose pour tous ces objets jetés, délaissés, oubliés…
Arbre rue Saint Aubin

En allant à la bibliothèque municipale, rue Toussaint, on croise cet arbre qui crève la toile.
L’école transformée en machine à désintégrer [Libération]
Un article de Philippe Meirieux dans Libération du 9 décembre 2011
Dans le petit jeu des annonces gouvernementales qui s’emballent à l’approche des élections, le repérage des enfants «à risque» et «à haut risque» en maternelle est très représentatif d’une conception tout à fait cohérente de l’enseignement fondée sur des principes simples : médicalisation, détection et dérivation.
Longtemps, la métaphore médicale a joué un rôle critique en éducation. En 1967, les enfants de Barbiana écrivaient dans leur «Lettre à une maîtresse d’école» que «l’école se comport[ait] comme un hôpital qui soignerait les bien portants et exclurait les malades». Le caractère subversif de la formule s’est émoussé : avec la gestion libérale du système de santé, quand le management l’emporte sur le soin et que le «pilotage par les résultats» permet tout naturellement d’arroser là où c’est déjà mouillé, la médecine n’a plus rien à envier à l’école ! Mais, simultanément, le modèle médical s’est durci, se repliant sur le couple «diagnostic-remède», au détriment de la prévention, de la prise en compte des environnements et du travail en partenariat.
A l’école, ce modèle s’est rapidement banalisé : il ne s’agit plus de créer un milieu équilibré et structurant, de provoquer des rencontres fécondes, de stimuler l’attention et de mobiliser l’intelligence… On investit l’essentiel de notre énergie à repérer les dysfonctionnements et à intervenir au plus tôt par la médication spécialisée. C’est ainsi que l’on rabat la notion de «difficulté» (nécessairement issue d’une combinaison de facteurs) sur la notion de «trouble» (évidemment physiologique), que l’on finit par tenir pour quantité négligeable les problèmes sociaux et même par ignorer l’action pédagogique. On en revient finalement à la vieille conception de l’homme-machine : réparer les pannes individuelles plutôt que de créer les conditions du développement collectif. Avec la bénédiction des neurosciences qui apportent – et c’est bien normal – les connaissances qu’elles ont élaborées, en les transformant – et c’est beaucoup moins normal – en système d’interprétation des réalités scolaires.
Mais la médicalisation des difficultés scolaires pourrait voir ses effets pervers limités, voire être utilisée de manière bénéfique dans des cas spécifiques, si elle n’était enrôlée dans un processus à l’œuvre aujourd’hui à grande échelle : la classe est en train de devenir progressivement un lieu où l’on passe son temps à évaluer les élèves pour savoir s’ils ne seraient pas mieux ailleurs. On détecte et on dérive partout, renvoyant les élèves toujours plus loin : de la classe vers l’aide personnalisée, puis vers l’étude dirigée, le soutien scolaire, les cours particuliers, le psychologue et l’orthophoniste, les filières dédiées et les établissements spécialisés, Internet et les camps de vacances-études… L’école n’est plus qu’une gigantesque centrifugeuse construite autour d’un lieu vide – la classe – qui n’intéresse plus personne. Elle tourne sur elle-même en renvoyant les élèves de plus en plus loin, en même temps qu’elle creuse, en son sein, une véritable dépression scolaire. Pas étonnant, alors, que l’on sacrifie la formation des enseignants. Plus besoin de pédagogie ! Il suffit d’évaluer, de détecter, de dériver de plus en plus d’élèves, de plus en plus vite, de plus en plus tôt. Et ce mouvement prend une telle ampleur qu’il annihile toutes les velléités bienveillantes qui pourraient encore faire, ici ou là, d’une intervention spécifique une aide déterminante. La centrifugeuse tourne trop vite !
Ainsi, ce qu’on nous présente comme une machine à intégrer est devenu une gigantesque machine à désintégrer. Quand il faudrait mettre en place des collectifs à taille humaine portés par des équipes d’adultes solidaires, on fait exploser le système en une multitude de professionnels qui «se repassent le bébé». Quand il faudrait promouvoir l’entraide entre élèves et le suivi personnel dans des groupes solidaires, on multiplie les tests et les évaluations de toutes sortes pour faire fonctionner une «usine à gaz» de plus en plus complexe. Quand nous aurions besoin de mobiliser les enfants et les adolescents sur un projet culturel ambitieux pour leur permettre de dépasser leurs difficultés, on les juge, de plus en plus tôt, sur ce qu’ils sont et on les enferme dans leurs symptômes. Quand nous aurions besoin d’une école qui unit, nous voyons émerger sous nos yeux une école qui fragmente, exclut et isole. Il est temps d’inverser le mouvement.
http://www.liberation.fr/societe/01012376517-l-ecole-transformee-en-machine-a-desintegrer



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