"Comment les profs suicident la France", un livre de Patrice Ranjard

couverture patrice Ranjard Sous-titre: Sociopathologie du corps enseignant. Présentation de l’éditeur: Après de longues années à travailler en vain à introduire le changement dans le système, l’auteur dresse ici un constat sans complaisance de ce que sont aujourd’hui l’Education nationale française et le monde des enseignants. Le collège est un échec parce qu’on a voulu y maintenir l’enseignement du lycée d’autrefois. Responsables : les enseignants et anciens élèves du secondaire qui ont tellement peur d’être rapprochés du primaire. Tous les remèdes à ces échecs sont restés vains parce que les enseignants n’appliquent pas les lois. Leur statut leur donne une quasi-toute-puissance sur le système et l’ensemble de leurs syndicats, nourri d’une solidarité corporatiste quasi obligatoire, exerce un énorme pouvoir de blocage. Sans oublier leur espèce de paranoïa, qui leur permet de faire naître dans l’opinion un sentiment de culpabilité (surtout chez les journalistes), culpabilité qu’ils régulent eux-mêmes au mieux de leurs intérêts. L’auteur montre quels sont les enjeux des enseignants, ce qu’ils défendent en vérité en refusant tout changement de leur activité, derrière des théories pédagogiques simplistes. Leurs privilèges en temps, leur privilège de travailler seuls, de ne dépendre de personne, jamais d’interdépendance et, dans leur classe, le Pouvoir, sans contrôle. Enfin le privilège de ne pas être responsable des résultats de son travail, ni individuellement ni collectivement. Étrange paradoxe d’un système composé de citoyens entièrement à part qui a pour mission de préparer les citoyens à part entière de demain..

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Je publie cette référence et cet extrait car les récents événements du monde du travail (suicides à France Telecom) résonnent encore en moi ces jours-ci et que je pense que notre culture élitiste et son culte de la performance en sont en partie responsable. Je crois aussi, avec Patrice Ranjard, que l’école a une part de responsabilité dans la violence qui s’exerce. Si vous laissez vos commentaires, je pourrai développez mes arguments.

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Commentaires

10Commentaires à “"Comment les profs suicident la France", un livre de Patrice Ranjard”
  1. dcnfurter dit :

    Je ne suis absolument pas d'accord avec le raccourci entre les suicides en entreprises, la culture élitiste, la violence et la merdicité de l'enseignement. D'abord l'école de nos grands-parents était beaucoup plus élitiste que celle de maintenant. Les bonnets d'âne et sévices corporels sont passés de mode. Pourtant la société était beaucoup moins violente que maintenant (les guerres sont un autre sujet). Donc pour moi la culture élitiste n'est pas responsable de la violence de la société. Les suicides en entreprise, et notamment à FT, semblent être essentiellement du à un manque de culture élitiste ou plutôt du passage du mode "fonctionnaire" au mode "efficacité", ce qui est la même chose. Enfin la culture élitiste est également présente dans l'école privée, portant la violence beaucoup moins. Tout ça pour dire que cette culture n'est pas la cause de tous nos maux, j'irais même jusque dire qu'elle fait partie de la nature humaine, mais c'est une autre histoire !

  2. philmouss dit :

    Je ne fais pas des liens de causalité directe, bien sûr, entre élitisme du système scolaire et suicide en entreprise. Je dis que cette culture élitiste participe à un sentiment d'impuissance généralisée. Les suicides en entreprises, qui sont un phénomène très récent (12 ans pour les premiers) ont commencé chez Renault. Christophe Dejours les attribuent à la souffrance causée par l'organisation du travail. Or celle ci ce caractérise depuis une vingtaine d'année par la dilution des collectifs qui permettaient aux salariés de se défendre (syndicalement comme psychiquement), une individualisation croissante marquée par l'entretien annuel d'évaluation et une politique de qualité totale qui met les individus dans une pression permanente. Ce type d'organisation n'est pas seulement le fait d'organisme public ou privée. Au japon on connaît le phénomène du karoshi qui tue des gens en pleine santé par excès de stress au travail. Ce que je dis sur l'éducation, c'est que dans sa forme actuelle, elle favorise, l'individualisme et la lutte contre l'autre pour l'accès aux premières places. J'ai fait l'expérience de pédagogies participatives dans lesquelles on apprend ensemble dans le plaisir et la coopération. Je crois que ces pédagogies qui sont très minoritaires permettraient de sortir de la culture délétère de la domination. De dire que l'élitisme fait partie de la nature humaine ne fait pas avancer la question. Nous parlons de culture et elle consiste précisément à construire autre chose que ce qu'on est censé faire "naturellement". Au dix neuvième siècle il paraissait "naturel" de faire travailler des enfants de dix ans dans des mines pendant dix heure par jour et six jours par semaine. Est-ce que cela te paraît "naturel" aujourd'hui?

  3. dcnfurter dit :

    En vrac, quelques réflexions : dans la nature humaine (en faisant l'hypothèse qu'elle existe, et qu'elle n'a rien de religieux) on y mettrait la peur, l'amour, le mensonge et pas le fait de faire travailler des enfants. Donc ce n'est pas du tout la même chose pour construire une société si on considère l'élitisme comme intégrant cette nature humaine. D"autres dirait comme structurel, je me souviens qu'il y a déjà quelques dizaines d'années, on parlait de pédagogie participative aux états-unis et puis, c'était un peu passé. Il faut dire que si l'éducation s'était très bien passée, le passage dans la "vraie vie" s'était beaucoup moins bien passée, enfin une petite idée, et si le stress était considéré à notre époque comme le taylorisme au XIXème siècle. Comme quelque chose d'intrinsèquement bon mais très mal utilisé (je ne dis pas que le taylorisme est une bonne chose, mais comme une pierre qui a permis de construire la société dans laquelle on est). Après tout le stress est un outil formidable dans le sport, le spectacle …

  4. philmouss dit :

    bonjour dcnfurter, le stress n'est pas intrinsèquement bon, en fait rien n'est intrinsèquement bon. Cela dépend toujours des doses, la morphine n'est pas "intrinsèquement bonne", à la bonne dose, elles soulage la douleur, à forte dose, elle tue. L'adrénaline également. Il faut une dose suffisante de stress pour être en éveil et faire une bonne performance, quelque soit le domaine Mais passé un certain stade, le stress devient contre-productif Tu as raison de citer le sport et le spectacle puisqu'ils constituent les modèles même des valeurs de référence. Mais c'est une erreur, le modèle coopératif, induit des sentiments et des comportements différents du modèle compétitif. Est-ce que le modèle compétitif du sport (bien qu'il existe des formes non-compétitives comme le sport-santé) peut être utile pour permettre à des enfants de capacités et de niveaux différents à travailler dans la même classe et d'accompagner des élèves handicapés par exemple? Je t'ai mis un lien au dessus sur l'école Freinet. Cette pédagogie est basé sur la responsabilisation, l'expression, la parole, le contrat, la valorisation, la prise de conscience. Le théâtre est aussi utilisé dans cette méthode, ça rejoint ton idée de "stress du spectacle".

  5. dcnfurter dit :

    Bonsoir Philmouss. D'abord, peux tu faire quelque chose pour mon message précédent. Sa mise en forme a été perdue et du coup il est illisible. Je reviens sur la notion de stress et refute l'idée de stress du spectacle. Il y a le fait de monter sur scène mais pas seulement. L'opéra rock "Mozart" ne peut pas se permettre d'être en retard ne serais-ce que de 2 jours ! L'atteinte de l'objectif est absolument nécessaire, et le stress doit être à son comble. Pourtant le monde du spectacle n'est pas connu comme particulière stressé. Pour moi si le stress est considéré comme mauvais, c'est qu'il est associé temporellement à l'atteinte de l'objectif. On me demande de vendre 10 voitures dans la semaine, le jeudi je vois que j'en ai vendu 2 alors je stresse pour savoir comment faire pour en vendre 8 d'ici demain ! Imagine que l'on mette le stress les lundi et mardi, il sera beaucoup moins mauvais car maîtrisé et non subi. Je pense vraiment que le siècle à venir nous permettra de mieux appréhender le stress et d'en faire un atout.

  6. dcnfurter dit :

    Sur la méthode Freinet; le journal de France3 m'a frappé sur 2 aspects. Une école en provence sur Marseille, je m'attendais à voir une certaine mixité. Mais rien. Il y a autant de White que Valls en souhaiterait sur les marchés d'Evry ! En recherchant par ailleurs, il apparait que la méthode parait approprié dans les milieux populaires. Heureusement, j'ai failli croire que la méthode était réservée à une certaine population. La fin du reportage parle "de disponibilité et de réactivité des enseignants" et "l'implication des parents dans la vie de l'école". Pour les enseignants il n'y a qu'à lire la présentation et l'introduction du livre ci-dessus pour voir que c'est illusoire quant à l'implication des parents … Enfin j'ai regardé sur Internet s'il y avait des témoignages, car après 30 ans d'expérience on peut espérer avoir un vrai bilan. Je ne l'ai pas trouvé, mais de ce que j'ai vu il n'y a pas les adultes se sentent bien sans qu'on sache réellement ce que cela veuille dire. Je m'attendais à voir que les adultes allaient essentiellement vers des métiers sociaux, qu'ils fournissent les rangs des bénévoles d'associations, brel qu'ils soient collaboratif. Je n'ai rien trouvé de la sorte.

  7. philmouss dit :

    Si tu veux enquéter sur la question, il y a une école Freinet à Saint Lambert du Lattay. C'est une école communale. Sinon pour les données que tu cites, je veux bien les sources ça m'intéresse. Par ailleurs, ce type d'école "alternative" est beaucoup plus fréquent en Allemagne et dans les pays scandinaves.

  8. philmouss dit :

    Merci j'ai visité ces liens. Ils sont intéressants.

  9. dcnfurter dit :

    Ouais, j'étais assez déçu. On ne trouve que des enseignants ou des théoriciens. Et vraiment très peu d'anciens élèves (ou alors pour dire que c'était bien mais pas pour dire ce que ça leur a apporté) ou de parents d'élèves