Dans un billet précédent, je vous avais parlé de Charles Rojzman, le fondateur en France de ce qu'il a appelé la "Thérapie sociale". C'est par son intermédiaire que j'ai découvert la communication non violente de Marshall Rosenberg. Je me méfie des approches systématiques dans le champ des relations humaines. Il y a quelque chose en nous qui tend à chercher la recette miracle. Et nous confondons parfois notre enthousiasme pour la découverte de quelque chose de nouveau avec ce qui pourrait consister en un réel changement de nos modes de pensée. Dans ce domaine je suis pour le "métissage" des approches et j'en finit toujours par me référer à la psychanalyse qui, il me semble apporte une vision profonde et sans ilusions sur la nature humaine. Ceci dit, l'approche de la communication non violente a beaucoup a nous apporter si nous savons garder un peu de distance avec les phénomènes "d'école". Tiens, à ce propos il y a un dicton soufi ou de je ne sais plus quelle tradition qui dit: "autour d'un maître il y a trois cercles: le premier, c'est le cercle des imbéciles, le deuxième, c'est ceux qui veulent devenir des imbéciles et dans le troisième on trouve ceux qui vont et viennent librement". L'affaire n'est pas si simple car des maîtres et des cercles, il y en a plus qu'on ne croit.

Donc une fois faites ces mises en garde qui concernent ce qu'on pourraît nommer de façon savante notre "rapport au savoir", qu'est-ce que la Communication Non Violente a à nous dire? Marshall Rosenberg fait parti de ces personnes qui ont vécu le déchainement de violence de la seconde guerre mondiale et qui se trouvent appartenir au groupe des juifs. Comme pour nombre d'autres, je pense notament à Stanley Milgram, ces questions de la violence, et comme il le dit, de la jouissance qu'on peut éprouver à faire souffrir autrui, sont devenues centrales. Elles l'ont conduit a devenir psychologue clinicien et a chercher ce qui caractérise un mode de communication qui engendre une forme de violence et a dégager des modes de communication qui favorisent le développement de relations humaines satisfaisantes.

Marshall Rosenberg parle d'une "culture de la domination" qui se serait développée dans nos sociétés et qui aurait favorisé ce type de communication qui vise a catégoriser et juger l'autre sur ce qu'il est, ou plutôt sur ce que je pense qu'il est. Il y a aussi la façon dont j'interpelle l'autre comme par exemple: "tu laisses toujours cette porte ouverte, ça m'énerve!" et "j'aurais besoin que tu fermes cette porte parce que j'ai froid." Ça peut paraître simple mais essayez, et persistez dans votre effort, vous constaterez que vous n'obtenez pas du tout le même résultat. Je ne garantis pas que l'autre fermera désormais la porte à tout les coups mais il y aura quelque chose de changé que je vous laisse le soin de découvrir. Bon, je ne vais pas détailler toute la méthode ici, j'ai mis un lien vers l'article wikipedia ainsi que vers quelques vidéos dont une en anglais pour ceux qui comprennent. J'ai également mis un lien vers le site de Jacques Salomé qui a également détaillé une approche qui reprend pas mal de principe de la CNV et qu'il nomme méthode ESPERE. Ces approches s'inspirent de ce qu'on a appelé la psychologie humaniste de Carl Rogers, Abraham Maslow, Elias Porter etc. Au coeur de ces approches ont trouve les notions d'empathie, de non-jugement, d'écoute active, d'affirmation de soi, expression je, ...

Certains vont objecter qu'on ne peut réduire les rapports humains aux communications entre les personnes, qu'il y a d'autres forces qui nous travaillent, politiques, sociales, économiques etc. Ils ont raison, et d'ailleurs la CNV cherche a agir sur les structures de la domination, mais il y a aussi ces questions de la façon dont on parle à l'autre ou de l'autre. Qu'est-ce qui fait exploser les banlieux en 2005? Un ensemble de choses, mais le mot "racailles" joue son rôle de déclencheur. Regardez la vidéo que j'ai posté des syndicalistes d'Airbus sur leur grève de mai dernier. J'ai été frappé d'entendre qu'un des déclencheurs du mouvement c'est la façon dont l'encadrement leur parle à un moment donné. Bien sûr que c'est un ensemble de pressions que subissent les salariés qui les amènent au conflit mais les paroles prononcées sont extrêmement signifiantes de la domination qui s'exerce au point du non respect et qui amène l'action. Encore une fois, il ne s'agit pas de plaquer un discours systématique pour habiller des pratiques anciennes, il s'agit de changer notre regard et là, c'est clair que ça va prendre du temps pour apprendre ce que Rosenberg nomme "l'observation".

(Juste un détail technique, un lecteur m'a demandé: "pourquoi tu ne fais pas ouvrir tes liens dans une nouvelle fenêtre?" Et bien c'est parceque je préfère vous laisser le choix. En effet, il suffit de faire un clic droit sur le lien et de demander d'ouvrir dans un nouvel onglet pour ne pas perdre l'onglet de saintnazaire.net.)









Marshall Rosenberg, c'est en anglais, chaque vidéo est la suite de la précédente