Je sais pas vous, mais moi, il me file le frisson...

Soyons honnêtes. Quand, ce soir de mai, il a ouvert la bouche pour chanter Moi, Lolita, voix rauque et syncopée, silhouette gracile et tendue dans son costume bleu pervenche, nous, sur notre canapé, fourchette de pâtes suspendue en l'air, ça nous a fait des trucs partout. Histoire de filles ? C'est ce que l'on a cru. Mais le lendemain à Libération, dans les étages ou devant la machine à café, ils ne parlaient que de lui. Rédacteurs en chef, grands reporters, cerveaux d'acier... Ils étaient frénétiques, limite hystériques. On a voulu en avoir le coeur net. Etudier le phénomène de près. Savoir si c'était sexuel, vocal ou générationnel.C'est que, sur chaque chanson, il fait plus que mouiller sa chemise : il joue son va-tout. Et on le sent. «Si c'est un bordel, je préfère être la meilleure des putes», clame-t-il en citant David Bowie. Il sait bien qu'il participe à un immense jeu médiatico-commercial dans lequel il risque à tout instant de perdre, si ce n'est son âme (personne ne l'a forcé à venir), du moins un peu de dignité. «Je suis arrivé là-dedans avec l'envie de me protéger, dit-il, en essayant de gérer le barnum médiatique et de contrôler ce que j'allais laisser passer de moi-même.» Mais il a beau vouloir maîtriser ce qui transpire de lui, il se frotte, tel un Dorian Gray télévisuel, à un jeu de miroirs où sont mis en abîme son personnage de Nouvelle Star, sa vraie personnalité, ce qu'il aimerait rester et ce qu'il devient. extrait article Libé, Par Laure NOUALHAT, Alexandra SCHWARTZBROD













article Libé

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