désobéis-toi toi-même
Par Jean Pélagusse, à 11:07 le 25/03/2008.
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Il faut demander de la considération. Il faut réclamer la vérité. Il faut faire des manifestations avec des demandes toutes aussi concrètes que l'augmentation des salaires ou du pouvoir d'achat. "Je ne veux plus me faire engueuler au travail. Je ne veux plus être traiter avec mépris, pression, objectifs par ma hiérarchie. Je ne veux plus que l'on considère que ma présence en entreprise soit une présence mécaniste comme si j'étais une machine à qui l'on demandait d'obéir et d'effectuer sans conscience." Voilà le nouveau langage que le travailleur pourrait se tenir sous cette forme ou sous une autre s'il veut devenir Homme. Or bien souvent le travailleur quel qu'il soit a conscience de l'absurdité de ce qu'on lui demande, mais il exécute parce qu'il a peur et qu'il faut bien nourrir sa famille ou soi-même tout simplement, parce que la mort sociale est devenu la peur principale du travailleur. La mort sociale étant le chômage.
Or nous devons cesser de résumer l'être humain à un être social. La guerre mondiale économique fait des morts partout dans le monde, crée de l'esclavage rémunéré que sont les travailleurs précaires. La guerre économique c'est comme le jeu Risk ou la "world compagnie" des guignols de l'info. Mais les travailleurs se pensent-ils comme des soldats de la guerre économique ? Non ils ne se pensent pas comme cela parce que c'est une guerre réelle aux apparences virtuelles. Nous avons peur de mourir socialement, et parfois il y a moins de solidarité dans une entreprise que dans un corps d'armée. Parce qu'on ne risque pas sa vie réelle et qu'on ne sait pas vraiment qui est l'ennemi et la cause que l'on défend. Parce qu'au fond il n'y a aucun idéal, aucun projet de société, aucun sens à donner à son travail si ce n'est produire une richesse abstraite, pour la croissance et le pouvoir d'achat.
J'ai mal à l'humain, parce que l'Homme doit être autre chose qu'une entité économique militaire reconnue par ses faits d'armes (plus de marchés, plus de ventes, plus de résultats) et récompensée par la médaille-promotion-sociale-pouvoir-d'achat. Et quand la guerre est trop dure insupportable absurde, et elle l'est toujours, on déserte. Mais dans la guerre économique quand on déserte on se fusille soi-même. Certains se suicident, d'autre font des dépressions graves, développent des maladies etc... Ils se désertent eux-même. Et les autres tiennent encore jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus. D'autres se sont résignés parce qu'il en sera toujours ainsi disent-ils : vous ne changerez pas l'homme. Restent ceux qui croient vraiment que l'Homme est celui qui possède la puissance de domination et commande aux autres le bon ordre de marche. La guerre ne supporte pas les faibles. Alors il faudrait que tout le monde arrête de travailler ? Non bien sûr, quoique ? Il faut travailler autrement, réinventer le sens du mot travail avec une logique radicalement différente de celle d'aujourd'hui et cesser de plus en plus d'obéir aux ordres imbéciles. Plus nous serons nombreux et plus nous pourrons déserter la guerre. Si nous voulons être Homme il nous faut cesser la soumission à l'absurdité d'un système que nous avons nous-même créé. Il faut nous désobéir.