La dictature du fait divers
J’aime les faits divers. J’adore par exemple regarder « Faites entrer l’accusé » qui est généralement une émission de bonne tenue (article écrit en 2009). Mais là, on sait qu’on est dans l’unique le singulier et c’est ce qui est passionnant. Mais je déteste le traitement du JT sur le mode accumulation de faits divers. Cette accumulation tend à dire implicitement: « voilà la réalité de notre monde ». Or le fait divers ne dit rien de la réalité du monde. Il y a d’ailleurs sans doute plus de « réalité » dans la banalité et les trains qui arrivent à l’heure que l’inverse. Alors pourquoi cette domination de l’imaginaire journalistique par le fait divers? Est-ce dû à la représentation de ce qui fait événement comme « fait saillant » se distinguant » du banal, du quotidien? Est-ce dû a des motifs inconscients qui seraient du côté d’une satisfaction morbide? Ce qui arrive à cet autre, cette « pauvre victime », ce n’est pas à nous que ça arrive, ça nous permet de nous émouvoir, de ressentir quelque émotion forte. Est-ce dû à une paresse des journalistes? C’est facile de traiter l’information sur un mode préformaté. On a la catégorie « faits divers », quand quelque chose se passe, il n’y a plus qu’à remplir la case. Est-ce dû à des théories sous-jacentes du style: « l’homme est un loup pour l’homme »: la preuve = (fait divers)?
Je me souviens, d’un stage de secourisme, les pompiers nous expliquaient que lors d’un accident, de nombreux « sur-accidents » étaient provoqués par la curiosité incontrôlable des passants. Et si les journalistes, comme les passants à la curiosité incontrôlable, contribuaient à la « bêtise ambiante » en nous donnant à voir un monde préformaté plutôt que de nous aider à en penser un qui puisse être vivable? C’est une hypothèse, ça reste à valider. En attendant, on peut changer de chaine ou bien faire autre chose.
Je viens de lire cet excellent livre sur la question de Peter Watkins: Media crisis (emprunté à la BM)
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