La reconstruction du monde par Jean Zin

La crise est entrée comme prévu dans sa phase systémique, bien qu’avec un certain retard. Il n’est pas facile de commenter à chaud une situation chaotique qui peut soudain diverger du tout au tout. La situation semblait jusqu’ici relativement sous contrôle malgré les sommes faramineuses en jeu qui pourraient cependant dépasser rapidement les capacités d’intervention des États mais on a vu que c’est de l’idéologie et de la politique que pourrait venir le grain de sable précipitant l’écroulement du système. Le facteur humain est là aussi ce qui dérègle les plus beaux montages théoriques et les plus belles mécaniques sociales mais la véritable cause de la crise, on le sait, c’est le retour de l’inflation et la fin de la domination américaine qui n’a plus les moyens de vivre à crédit sur le dos de son empire ni de financer ses guerres, ce qui devra se traduire tôt ou tard par un effondrement du dollar…

C’est un retour au réel mais il est assez stupéfiant de voir qu’en une semaine on est passé de l’évidence que le capitalisme était indépassable au fait qu’il était complètement dépassé ! Toute la culture de gauche considérée comme ringarde revient aussitôt, tout aussi vivante qu’avant, avec les mêmes thèmes (liberté, égalité, fraternité). C’est peut-être pour cela qu’il paraît que le moral des français remonte un peu depuis que la capitalisme financier s’écroule !

Pas de quoi s’emballer pour autant car on est loin d’être à la fin de l’affaire, encore moins du capitalisme qui est dans une phase d’expansion, et ce retour de l’État, voire de l’État universel mondial, pourrait bien annoncer au contraire un renforcement considérable du système. Il faut s’attendre en effet à ce qu’il soit au service des puissants, comme toujours, État auquel il faudra résister souvent car on ne peut se fier à l’État, pas plus qu’au marché, tout au plus peut-on jouer l’un contre l’autre pour gagner un peu plus de démocratie et d’autonomie individuelle. En tout cas, il ne faut pas sous-estimer les risques d’un retour des tendances fascistes qui restent très fortes et peuvent facilement profiter de la situation étant donné l’absence totale de perspectives des gauches actuelles. Le « libéralisme » lui-même n’est pas mort sous la forme autoritaire qu’il prend en Chine. Ce sera toujours le même difficile combat pour la liberté contre l’oppression même si nous avons appris qu’on peut oppresser aussi au nom de la liberté…

Rien ne permet d’espérer une issue favorable à la crise dans l’état actuel de nos forces mais il n’est pas tout-à-fait impossible que les événements se précipitent et qu’on soit amené, un peu comme en Argentine quand l’argent vint à manquer, à devoir reprendre l’initiative et réinventer un nouveau système avec des monnaies locales notamment, question de survie à court terme. La question n’est plus en effet de savoir si on devrait souhaiter l’écroulement du système, avec son cortège de malheurs, mais de savoir ce qu’on devrait faire s’il s’écroule effectivement, et que voudrait dire profiter de l’occasion pour refonder la démocratie, pour une véritable refondation sociale (un nouveau New Deal) et pour construire, par le bas, une économie alternative à la mondialisation marchande.

Refonder la démocratie

La première chose à faire quand tout s’écroule, c’est de refaire société et refonder la démocratie sur une base locale, démocratie de face à face qui se constitue en coordination nationale et européenne. Bien sûr, ce n’est pas en faisant des comités révolutionnaires qui ne représentent qu’eux-mêmes qu’on fera progresser la démocratie. Il n’y a de démocratie qu’avec tout le monde, gauche et droite, athées comme croyants, etc. A chaque niveau, il y a de nombreux pièges à éviter, on le sait. Au niveau local il faut se débarrasser de la dictature des petites frappes, des notables, des organisations, des vieilles animosités, il faut limiter les pertes de temps et les délires sectaires. Au niveau des délégués et des représentant la plus grande prudence est de mise, sans se fier à la bonne foi supposée mais à des procédures de contrôle. Tout pouvoir doit avoir son contre-pouvoir, sans tomber dans trop de bureaucratie… Lire la suite sur le site de Jean Zin

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