Le complexe du compliqué

Je regardais la télévision ce soir et j’essayais d’écouter les uns et les autres sans le préjugé du militant énervé qui sommeille en moi et ne fait pas que sommeiller d’ailleurs. Et j’écoutais dans l’émission « c’est dans l’air » Elie Cohen, économiste de plateaux télé, Christophe Barbier, patron de l’Express, et commentateur politique de plateau télé, une cheftaine de la CGT dont j’ai oublié le nom et que j’avais déjà vu chez Yves Calvi, sur un plateau télé forcément. Vous remarquerez au passage que l’on dit chez Yves Calvi. Il est chez lui quoi. Donc il invite qui il veut et chez soi on invite les gens qui nous semblent intéressants, ou que l’on aime, ou dont on pourrait tirer le meilleur parti etc… Et puis il y en avait un autre dont j’ai oublié le nom qui représentait à quelque chose près l’avis du patronat. Donc nous avions un commentateur politique qui nous expliquait et défendait la position de Nicolas Sarkozy.

Un économiste qui théorisait. Une syndicaliste qui défendait la réalité des salariés et un autre qui nous expliquait la position de l’entreprise. Les quatre disaient des choses justes dans leur réalité. C’étaient quatre réalités séparées qui trouvaient de-ci de-là quelques points communs mais toujours avec des réserves donc pas d’accords. En fait c’est la musique du Verbe désaccordé. Et quand le verbe est désaccordé on ne perçoit plus sa musique, on entend au mieux les fausses notes et au pire plus rien du tout et on zappe. Le but n’étant pas de jouer ensemble mais de démontrer que c’est soi qui joue le mieux ou le plus fort. La grande cacophonie médiatique. Bien sûr c’est intéressant mais il faut une sacrée oreille bien éduquée pour faire le tri. Et celui qui écrit ne fait pas parti des plus avisés mais pas des moins non plus. Malgré mon oreille habitué, je n’en sais pas plus sur la crise financière. Quatre discours, quatre sphères de raisonnement et pas ou peu de communication. Le mot est lâché. Mettre en commun : communiquer. Pas de mise en commun pas d’échange qui fait que l’on sort d’une conversation, d’un débat un peu changé. Et finalement celle dont j’ai retenu le discours qui ne m’était pas étranger d’ailleurs, c’est la syndicaliste. In fine -pour parler comme un docte télévisuel- j’ai écouté tout le monde attentivement et je suis resté dans ma sphère. Parce qu’elle parlait de moi, de celui qui comme la grande majorité se sent impuissant face à cet intelligentsia qui vous regarde du haut de sa raisonnabilité avec l’assentiment de ceux qui détiennent tous les pouvoirs. On me prend de haut parce que je ne comprends pas, selon eux et sans qu’ils me le disent, ce qui est compliqué. Au bout du compte pas un seul discours -et même celui de la syndicaliste- ne m’a un tant soit peu fait vacillé de mes positions premières. Tout est déjà connu prédigéré et la télévision ne fait qu’alimenter bien souvent ce que l’on sait déjà. Car on nous explique que tout est trop compliqué et que c’est toujours plus compliqué que ceci ou que cela mais personne ou peu nous rendent compte de l’extraordinaire complexité des systèmes et du monde. Le compliqué en sphère individualisée sépare. Le complexe tente de rendre compte de la réalité dans son ensemble. On complique par complexe de paraitre trop simpliste. L’économiste parlait de finance, le commentateur de politique parlait de stratégie, la patron parlait de l’entreprise, et la seule qui nous parlait de l’homme était la syndicaliste parce qu’elle nous parlait de la souffrance. La seule au fond qui rendait un peu compte de la complexité de continuer à être humain dans un système injuste.

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