L’école Célestin Freinet de Saint Lambert du Lattay
J’avais rendez-vous hier matin avec Frédéric Tijou qui est directeur de l’école publique Célestin Freinet à Saint Lambert du Lattay. Cela faisait longtemps que j’en avais le projet avec l’idée de présenter différentes approches pédagogiques présentes autour d’Angers. En des temps où l’école est malmenée par une politique de gestion comptable plus que questionnable il me paraît important de parler d’approches encore marginales bien que diffuses dans les pratiques de nombreux enseignants et qui pourraient inspirer un mouvement plus large de refondation de notre système scolaire.
Célestin Freinet est né dans les Alpes maritime en 1896 et mort à Vence en 1966. Gazé pendant la guerre de 14-18 il n’a plus la force de faire des cours magistraux en parlant toute la journée, il invente alors une pédagogie basée sur l’expérience concrète, l’expression des enfants, l’entraide entre élèves, la responsabilisation des enfants et la pratique démocratique au sein de la classe. Ces idées innovantes ont un grand succès après le traumatisme de la guerre mais son engagement politique et la montée de l’extrême droite pendant les années trente lui vaudront de grandes difficultés. Il créera sa propre école à Vence en 1936, laquelle redeviendra école publique en 1991.
Cela fait un quarantaine d’années que la pratique de la pédagogie Freinet a été initiée à Saint Lambert du Lattay par un couple d’enseignants maintenant à la retraite mais toujours actifs au sein de la coopérative de l’école: monsieur et madame Brossier. En 1995, Michel Colas qui est alors directeur décide en accord avec la mairie de baptiser l’école du nom du pédagogue. Frédéric Tijou, après avoir exercé à Rablay sur Layon est directeur de l’école depuis deux ans, mais son engagement au sein du mouvement Freinet remonte à une quinzaine d’années. L’école compte 110 élèves réparties en quatres classes et Frédéric Tijou espère bien pouvoir ouvrir une cinquième classe en septembre prochain. Il enseigne lui même a 30 enfants et sa classe est constituée des CM1, CE2 et CM2. L’école est réservée aux habitants de la commune et une petite dizaine de familles sont venues s’y installer pour pouvoir y inscrire leurs enfants.
Sachant que l’école est soumise aux mêmes programmes que toutes celles de l’éducation Nationale, comment cela se passe-t-il à Célestin Freinet? Un des « piliers de la pédagogie », m’explique Frédéric Tijou, c’est que les écrits doivent servir à quelque chose. Les enfants éditent un petit journal mensuel qui en est a sa 237ième édition: APATAGA. Pour cela, ils utilisent aussi bien l’écriture manuelle, le dessin, l’imprimerie au plomb, la photocopieuse ou l’ordinateur. Ensuite les enfants écrivent à leurs correspondants, chaque classe ayant une classe correspondante dans une autre école à Grézillé et à Saint Rémy la Varenne par exemple. « Quand les lettres des correspondants arrivent, on va les lire en premier, même si il y avait autre chose de prévu. C’est très important pour les enfants et ils ne comprendraient pas qu’on fasse autrement ». Il y a aussi les échange avec d’autres classes plus éloignées. « L’année dernière nous sommes allés passer une semaine en Savoie, nous étions hébergés chez les familles. Nous avons visité la région, étudié l’environnement local. Ensuite la classe de Savoie est venue une semaine à Saint Lambert et les enfants on été hébergés par les familles d’ici. »
Un autre pilier de la pédagogie est basée sur l’expression des enfants. Les enfants par exemple apprennent à gérer les conflits par eux même. Ils élisent un délégué de classe en début d’année. Si, par exemple, il y a une critique en classe les deux enfants doivent se voir tous les deux et essayer de résoudre le problème. Si il n’y parviennent pas ils peuvent faire appel au délégué de classe. Si ce n’est pas résolu à son niveau, une critique écrite est soumise au conseil de classe où les enfants se réunissent tous les quinze jours. A ce moment là l’enseignant peut décider d’une sanction, Frédéric Tijou parle plutôt de réparation, qui ne doit être ni humiliante ni dégradante. Mais dans tous les cas par exemple en cas d’insulte, une lettre d’excuse doit être écrite. « Certaines choses ne sont pas négociables comme la violence, la moquerie, l’insulte. Il y a un règlement et on obéit au règlement et pas à la personne du professeur. » »Dans le cadre de la pratique de l’expression libre, il y a aussi le « Quoi de neuf » qu’on pratique tous les matins et il arrive qu’on soit bousculé en tant qu’adulte par ce que peuvent dire les enfants. » Frédéric Tijou m’explique qu’il peut arriver que les enfants amène un propos ou un questionnement qui va intéresser toute la classe et à ce moment là. « On ne laisse pas ça en suspend, on peut réorienter toute la séance en fonction de ce qui émerge. Après on reprend le cours des choses qui étaient prévues. »
Un autre « pilier », c’est l’individualisation. « Chaque enfant va avoir un plan de travail et il va chercher une fiche correspondante. Il fait les choses à son rythme. Il peut être aidé par un enfant plus âgé qui est son tuteur, mais il se peut très bien qu’on décide aussi qu’un enfant n’a plus besoin de tuteur. » Les enfants peuvent chuchoter pour s’aider, ils peuvent aussi se déplacer dans la classe pour aller consulter la documentation disponible. « L’organisation de l’espace dans la classe doit être très rigoureuse et il m’arrive de passer deux jours en début d’année pour la mettre en place ». « J’avais l’idée avant de la rencontrer que la classe dans la pédagogie Freinet ça pouvait être le désordre et le brouhaha, en fait c’est vraiment une pédagogie du travail. » Frédéric Tijou insiste sur ce point et en effet, je suis surpris par l’ambiance studieuse qui règne dans sa classe lorsque nous y entrons, malgré la trentaine d’élèves présents. « Il y a des moments de cours avec des petits groupes, dans la classe ou dans la salle de lecture derrière, ensuite les enfants alternent entre des temps de travail individualisé et des ateliers qui peuvent être interclasse ».
Frédéric Tijou me parle du travail en équipe qui lui paraît important. Chaque enseignant respecte ce que fait l’autre mais il y a des échanges entre les professeurs et des temps ou on montre aux autres ce qu’on fait dans sa classe. Les enseignants du mouvement Freinet sont organisés en réseau et se réunissent un mardi par mois pour échanger sur leur pratiques au sein de l’ICEM49. « Cela m’a frappé au début de rencontrer des enseignants de la cinquantaine me demander comment je faisais en mathématiques par ce qu’ils avaient des difficultés. Ça fait un bien fou de savoir qu’on n’est pas tout seul et que chacun construit son approche grâce au tâtonnement expérimental (un autre pilier de la pédagogie Freinet). » La pédagogie Freinet est aussi basée sur l’erreur, on apprend à partir de ses erreurs. A la question de la note, il m’explique qu’il y a un système de brevets et de couleurs un peu comme au judo. »Mais cette question pourrait faire l’objet d’un article a elle toute seule. »
Tous les derniers week-ends de septembre, l’école organise un marché d’automne et les stands sont tenus par les enfants avec la présence des parents. Pour plus de renseignements sur l’école: Ecole communale C. Freinet, 4 place de Linkebeek, St Lambert du Lattay Téléphone: 02 41 78 34 17 Site internet de l’Ecole
Ah, très important! J’allais oublier de féliciter les enfants pour APATAGA qui est vraiment un excellent journal.
Pour avoir une idée de la pensée pédagogique de C. Freinet voir les invariants pédagogiques.
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Bonjour
Merci pour l’article. Juste quelques petites erreurs. Le couple Brossier est arrivé il y a plus de 40 ans et Michel Colas est arrivé il y a 25 ans. Autre petite chose, l’APATAGA en est à son numéro 237.
Ah! d’accord, merci pour les corrections.